La Nuit des idées en Pologne 2021 : Proches – Close(r) – Bliskość

Événements culturels / Livres / Rencontres / Débats
publié le : 28 janvier 2021

Date:
28 janvier 2021 – Pologne

Chaque année en France et dans le monde, la Nuit des idées, événement imaginé par l'Institut français, célèbre la circulation des idées entre les pays et les cultures, les disciplines et les générations. La Nuit des idées est une invitation à découvrir l'actualité des savoirs, à écouter celles et ceux qui font avancer les idées dans tous les domaines, à échanger sur les grands enjeux de notre temps. Plus de 220 Nuits des idées ont été organisées à travers le monde lors de la dernière édition.

Alors que des termes tels que distanciation, isolement et confinement ont été les mots d'ordre de cette année 2020, c'est pourtant celui de « Proches » qui sert de fil conducteur à cette Nuit des Idées 2021.

Ainsi, pour cette 5ème édition en Pologne, l'Institut français de Pologne et l'Académie polono-japonaise des technologies de l'information ont réuni un plateau d'invités polonais et français de haute volée. Qu'ils soient philosophes, sociologues, architectes, designers ou personnalités politiques, tous livreront sous la forme d’un dialogue croisé, au cours des trois séquences thématiques qui ponctueront cette soirée, leur réflexion la plus actuelle sur les grands sujets  qui nous agitent en cette période tumultueuse :

Quelles sont les nouvelles solidarités à l'œuvre en cette période de crise et de catastrophes potentielles ? Comment les architectes répondent-ils à l'objectif de penser une ville « à l'échelle humaine » et intègrent-ils dans leur pratique le développement durable ? Comment la pandémie a-t-elle influencé notre langage, nos relations, stimulé notre créativité ?

Tout au long de la soirée, le public pourra suivre en direct les interventions et les débats auxquels prendront part Barbara Nowacka, députée ainsi que le  Jean-Pierre Dupuy, la sémiologue Mariette Darrigrand, le designer Ruedi Baur, le sociologue Marek Krajewski et l'architecte Nicolas Laisné  

Ces interventions seront prolongées par des moments de dialogue avec le public. Les discussions seront modérées par Aneta Kyzioł, journaliste et collaboratrice de l'hebdomadaire polonais Polityka. Les débats alterneront avec des présentations artistiques, résultats des ateliers de création numérique internationaux « Creativity - Text in Performance », organisés par l'Académie PJATK.

  • La participation à cette soirée se fera via l'application ZOOM.
  • L'inscription – gratuite - est obligatoire. Inscrivez-vous ici
  • Toutes les interventions seront traduites en simultanée en 3 langues (polonais, français et anglais)

Programme de la soirée

28 janvier 2021

18:00 Mot d’introduction

M. Frédéric Billet, Ambassadeur de France en Pologne
M. Jerzy Paweł Nowacki, Recteur de l’Académie polono-japonaise des technologies de l’information

 

La catastrophe n'est pas une fatalité : créer un monde plus solidaire en temps de crise

18:10 – 18:30 Barbara Nowacka, députée polonaise – intervention

18:30 – 18:50 Jean-Pierre Dupuy, philosophe – Les sophismes du covidoscepticisme

18:50 – 19:20 Discussion avec Jean-Pierre Dupuy et Barbara Nowacka modérée par Aneta Kyzioł, journaliste de l’hebdomadaire Polityka (+ questions du public)

19:20 – 19:35  Présentation des travaux des ateliers internationaux « Creativity – Text in Performance »

 

Être en contact : les langages de la communauté

19:35 – 19:55 Mariette Darrigrand, sémiologue – « Mots-balises » dans la tempête

19:55 – 20:15 Ruedi Baur, designer – L’objet relationnel de proximité

20:15 – 20:45 Discussion avec Mariette Darrigrand et Ruedi Baur, modérée par Aneta Kyzioł (+ questions du public)

20:45 – 21:00 Présentation des travaux des ateliers internationaux « Creativity – Text in Performance »

 

La ville des proximités : un espace à (re)penser

21:00 –21:20 Marek Krajewski, sociologue – Une ville plus généreuse

21:20 – 21:40 Nicolas Laisné, architecte – Fabriquer la ville du futur

21:40 – 22:10 Discussion avec Marek Krajewski et Nicolas Laisné modérée par Aneta Kyzioł (+ questions du public)

22:10 – 22:25 Présentation du projet international de recherche « FutureTEXT » : Jan Piechota et Tomasz Walenta (l’Académie polono-japonaise des technologies de l’information)

22:25 – 22:30 Mot de clôture – Invitation du public à visiter l’exposition virtuelle réalisée par les étudiants lors de l’atelier « Creativity – Text in Performance ».

 

Nous vous invitons à joindre notre événement sur Facebook !

 

Les invités de la Nuit des idées :

Jean-Pierre Dupuy, Professeur émérite de philosophie sociale et politique à l'Ecole Polytechnique, Paris. Professeur de philosophie et de sciences politiques à l'université Stanford, Californie. Membre de l'Académie des Technologies et membre honoraire du Conseil Général des Mines, France. Ancien Président du Comité d'Éthique et de Déontologie de l'Institut français de Radioprotection et de Sécurité Nucléaire. Directeur des recherches de la Fondation Imitatio (San Francisco).
Ouvrages récents: The Mechanization of the Mind (Princeton University Press, 2000); Pour un catastrophisme éclairé (Seuil, 2002); Avions-nous oublié le mal? Penser la politique après le 11 septembre (Bayard, 2002); La Panique (Les empêcheurs de penser en rond, 2003) ; Petite métaphysique des tsunamis (Seuil, 2005); Retour de Tchernobyl: Journal d'un homme en colère (Seuil, 2006) ; On the Origins of Cognitive Science (The MIT Press, 2009) ; Libéralisme et justice sociale, Hachette, coll. Pluriel, 2009; Dans l’œil du cyclone (Carnets Nord, 2009); La Marque du sacré (Flammarion, coll. Champs, 2010; prix Roger Caillois de l’essai) ; L’Avenir de l’économie (Flammarion, 2012); La jalousie (Seuil, 2016) ; La Guerre qui ne peut pas avoir lieu. Essai de métaphysique nucléaire (Desclée de Brouwer, 2019) ; La Catastrophe ou la vie. Fragments de pensée par temps de pandémie (Seuil, sous presse).

Les sophismes du covidoscepticisme

Le titre de l’intervention fait référence à des intellectuels influents d'Europe de l'Ouest qui, sous-estimant le danger sanitaire de la pandémie, considèrent que l'énormité des moyens engagés pour la combattre, à savoir le sacrifice de l'économie et la restriction des libertés fondamentales, est complètement injustifiée. Jean-Pierre Dupuy repère, au cœur de leurs arguments, un sophisme bien connu des philosophes. Il s'interroge sur le fait troublant que les mêmes arguments sont ailleurs mis en avant, en des mots certes moins sophistiqués , par des groupes néofascistes prêts à prendre les armes pour se faire entendre dans différentes parties du globe.

 

Mariette Darrigrand est sémiologue et dirige le cabinet Des Faits et Signes, spécialisé dans l'analyse du discours médiatique. Blogueuse et chroniqueuse (France Culture, « Le secret des sources »), elle intervient régulièrement dans les médias. Elle est chargée de cours à Paris 13 (sémiologie du livre).

Mots-balises dans la tempête

Le moment historique que nous vivons, déjà amorcé avant elle, mais accentué par la crise du Covid, a mis l'imaginaire au pouvoir. Pour le pire (fake news, complotisme), mais aussi pour le meilleur : la capacité symbolisatrice de l'Homme. De grands mots collectifs capables de structurer nos représentations ont ressurgi des mythes (« chaos »...), ont pris un sens nouveau (« le vivant » pour dire la nature), ont porté des espoirs plus ou moins fondés (« monde d'après »)...
De tels concepts sont idéologiques au sens propre : porteurs d'idées-images qu'il s'agit de repérer et sur lesquelles il faut pratiquer un tri sémantique pour orpailler les métaphores vives qui nous aideront à aller vers l'avenir. N'oublions jamais que dans « confinement » se trouve son contraire : « les confins », cette forme d'appel du large grâce à laquelle le voyage de l'Humanité peut continuer.
L’intervention de Mariette Darrigrand proposera un petit voyage dans ces mots-balises dans la tempête.

 

Ruedi Baur travaille sur et dans l'espace public depuis les années 1980. Il a dirigé l'institut de recherche « Design2context » à Zurich, puis « Civic city » à Genève. Enseignant et chercheur, partisan du design interdisciplinaire, Ruedi Baur a créé le réseau « Intégral » en 1989, avec ses propres ateliers,  « Intégral Ruedi Baur » à Paris et à Zurich. Aujourd'hui, il enseigne et développe des programmes de recherche à la HEAD de Genève, à l'ENSAD à Paris et à l'Université de Strasbourg et met en œuvre  des projets dans le monde entier.
Parmi les très nombreux projets de signalétique, d'identité visuelle comme de scénographie dont il est l'auteur, on retiendra, parmi les plus récents, l'identité visuelle de la Manifesta 11, la signalétique de la New School à New York, celle de l'aéroport de Cologne-Bonn ou encore de Vienne, « La Phrase », projet de design urbain durant « Mons, Capitale européenne de la culture ». Avec l'équipe « d'Intégral » Paris, il vient de concevoir le système d'information voyageurs des lignes du futur métro du Grand Paris (2022-2030).

Objet relationnel de proximité

Il est d'usage de définir le design  comme une discipline qualifiant l'interaction entre l'humain et le non-humain. Il semble aujourd'hui nécessaire d'aller au-delà de cette définition et de penser le design à travers une nouvelle mission, celle qui consiste à créer du lien ou de la relation dans le monde anthropocène et où la protection du bien commun revêt une exigence croissante. Pour ce faire, il est nécessaire de passer d'un design de compétition à un design de relation.

 

Marek Krajewski est sociologue et professeur titulaire à l'Institut de sociologie de l'Université Adam Mickiewicz à Poznań. Auteur de nombreux articles sur la culture contemporaine, l’art et l'éducation culturelle, ainsi que de livres:Cultures de la culture populaire (2003), Mémorisé (2006), Pour la photographie! (2010, avec R. Drozdowski), Il y a des choses dans la vie… (2013), Incidentologie (2017), Détestations. Le monde par la haine (2020). Commissaire de la « Galerie extérieure AMS » (1998-2004) et initiateur du projet de recherche sur l’espace urbain « la Ville invisible »(www.niewdzialnemiasto.pl). Co-fondateur d’un programme en faveur de l’éduction culturelle des « jeunes » (l’éducation culturelle « Une très jeune culture »), et du projet des « Archives des recherches sur la vie quotidienne » (www.archiwum.edu.pl).

Une ville plus généreuse

Les Polonais sont tombés amoureux de leurs villes. Cette tendance est irréversible, la société civile est de plus en plus active, les traditions et l’affirmation des identités locales resurgissent, la restauration du patrimoine est au centre de l’attention des citadins, l’espace urbain est débarrassé des errances chaotiques de l’époque de transformation post-communiste, la qualité de l’ aménagement de l’espace public ou les défaillances en la matière suscitent d’ardents débats. Les Polonais se sont épris de la vie urbaine : de son vacarme, de la coexistence avec l’autre, de la diversité qu’elle apporte. La preuve paradoxale de ce sentiment profond réside aussi dans le fait que tout ce qui porte atteinte à la ville (le vandalisme, la primauté du confort individuel, l’expression de l’égoïsme ou de la xénophobie) suscite une vive désapprobation des citadins.
Les Polonais aiment leurs villes, mais est-ce réciproque ? Une ville, peut-elle aimer ses habitants et peut-elle, inversement, les détester ? Les villes, craignent-elles certaines catégories de personnes ? Quels sentiments ont-elles envers leurs habitants en ces temps des crises ? Lors de son intervention, ce sont autant de questions auxquelles Marek Krajewski tentera d’apporter une réponse.

 

Nicolas Laisné a fondé son agence en 2005. Il développe des projets d'urbanisme, d'architecture et de design d'intérieur, de la conception à l'exécution et au suivi de chantier. Avec son équipe de près de 40 personnes, installée à Montreuil, il travaille aussi bien pour les collectivités publiques que les acteurs privés et les particuliers, en France comme à l'international.
Nicolas Laisné s'est formé au contact de plusieurs cultures : l'Inde avec Raj Rewal, les Etats-Unis chez Steven Holl, et l'Europe auprès de Jean Nouvel. Pour « l'Arbre Blanc », l'une de ses réalisations les plus emblématiques (2019), il s'est imprégné des cultures japonaise et méditerranéenne. Grâce à son ouverture d'esprit, sa curiosité naturelle et son goût du dialogue, Nicolas Laisné limite le poids des dogmes. Sa vision décloisonnée de l'architecture le conduit à inviter à sa table philosophes, agronomes, botanistes, artistes ou encore data scientists. Il constitue une nouvelle équipe transdisciplinaire pour chaque projet.
Ses dernières réalisations et projets en cours (« L'Arbre Blanc », « L'Arboretum » à Nanterre, « L'Atelier de l'Arsenal » à Paris, « Nice Méridia »...) témoignent de sa volonté d'ouvrir l'architecture. Pour qu'elle donne plus d'espace à tous, y compris à la nature, dans des villes toujours plus denses.

Fabriquer la ville du futur

Dans sa pratique d'architecte, Nicolas Laisné nous invite à réfléchir aux changements de paradigmes sociétaux et propose de nouveaux modèles d'architecture qui y répondent. Avec lui, le bureau de post-Covid existe déjà, puisqu'il est sorti de terre en 2019, telle une prémonition, dans la ville de Nice. Une réflexion qui se poursuit aujourd'hui avec les exemples du campus « Arboretum » ou de l'immeuble « Woodwork ». L'architecte partagera avec nous ces expériences. Côté lieu de vie et habitation, il posera les préceptes de « l'Arbre Blanc » un immeuble privé qui s'ouvre à tous dans la ville. Il conclura par ses visions pour le futur des lieux culturels.

 

 

 

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