RENCONTRE AVEC PAWEL PIESTRZENIEWICZ, LAUREAT POLONAIS DU CONCOURS JUVENES TRANSLATORES

Éducation
publié le : 24 juin 2020

Date:
24 juin 2020
Le 21 novembre 2019 s’est tenue l’édition 2019 du concours de traduction Juvenes Translatores organisé par la Commission européenne. Ce concours a plusieurs objectifs, à savoir : valoriser l'apprentissage des langues, promouvoir les métiers de traduction, sensibiliser les jeunes européens à l'importance des compétences linguistiques pour favoriser la communication interculturelle, encourager des échanges pédagogiques et d'autres types d'activités linguistiques avec des écoles à l'étranger. Nous avons rencontré Paweł Piestrzeniewicz, lauréat Polonais, ainsi que Maria Michalik, sa professeure de français. Paweł est un élève de la section bilingue francophone du lycée Sempołowska de Varsovie. À l’heure actuelle, le réseau polonais comptabilise 21 sections bilingues francophones réparties sur l’ensemble du pays (9 sections en primaire, 12 au lycée) dans 19 établissements. Aujourd’hui, à Sempołowska, 261 élèves suivent un cursus bilingue, c’est-à-dire qu’ils reçoivent un enseignement approfondi de la langue française et un enseignement de disciplines non linguistiques en français (biologie, histoire, chimie, mathématiques, physique).

Est-ce que vous pouvez vous présenter ?
Maria : Je suis professeure de français au Lycée Sempołowska de Varsovie, Paweł est mon élève et je suis sa professeure principale.
Pawel: Je m’appelle Paweł, je vais au lycée  Sempołowska de Varsovie, je m’intéresse beaucoup aux langues, surtout au français. J’aime aussi beaucoup la musique, je fais de la contrebasse.

Pawel, peux-tu nous parler de ton rapport avec le français, à quel âge tu as commencé à apprendre le français, pourquoi ?
P : J’ai commencé à apprendre le français au collège il y a 5 ans. Au début, je n’aimais pas cette langue, j’aurais préféré apprendre l’allemand. Mais, après avoir appris le français au collège, j’ai compris que c’est une langue très jolie. J’aime beaucoup sa sonorité qui est très remarquable. Je pense qu’il n’y a pas d’autre langue avec cette sonorité. Je pense que le français est une langue artistique. J’aime beaucoup cela car j’aime beaucoup la musique, qui est importante pour moi, mais aussi toutes les formes d’art.

Est-ce que tu peux nous présenter le concours des jeunes traducteurs ?
P : Ce concours s’appelle Juvenes Translatores. C’est un concours organisé chaque année par le bureau de traduction de l’Union Européenne. Les participants viennent de tous les pays de l’Union Européenne. C’est donc un très grand concours. Il s’agit de faire une traduction d’un court texte qui n’est pas difficile. Les candidats ont deux heures pour faire la meilleure traduction possible. Pour moi, c’était une lettre entre amis, ce n’était pas très difficile à traduire. Mais c’était difficile de trouver un sens à quelques phrases parce que ce n’était pas écrit dans un style officiel, qu’on apprend à l’école. Il y avait des expressions que je ne connaissais pas. Mais c’était une expérience enrichissante. Avant ce concours, je ne faisais pas beaucoup de traduction, maintenant je sais que c’est quelque chose que je voudrais faire plus.
M : Il y a eu en Pologne 200 participants. C’est uniquement pour les jeunes de 17 ans, donc on ne peut pas participer deux fois.

Pour la traduction : comment tu as procédé, combien de temps cela t’a pris ?
P : Pendant le concours on avait la possibilité d’utiliser le dictionnaire. Mais je pense qu’utiliser seulement le dictionnaire, ça n’aide pas vraiment à trouver le sens de la phrase. Donc j’ai essayé de lire tout le texte en français pour comprendre le texte dans sa globalité. Ensuite, j’ai pris cinq minutes pour penser aux points les plus importants. J’ai ensuite commencé à traduire phrase par phrase en utilisant le dictionnaire. J’ai beaucoup réfléchi pour comprendre ce que l’auteur voulait exprimer. C’était difficile, parfois j’ai décidé d’utiliser des mots différents parce que j’essayais de traduire toute la phrase et après je réfléchissais à comment dire cela dans ma propre langue afin que le résultat semble naturel et qu’on ne devine pas que c’était un texte traduit d’une autre langue.
M : J’ai trouvé la traduction de Paweł très juste, il y avait des expressions qui sont bien trouvées et des néologismes bien utilisés. Je pense que ce qui a joué aussi, c’est la connaissance du Polonais que possède Paweł. Il fallait bien connaitre le français parlé bien sûr, mais aussi le polonais. C’est ce qui est important pour ce concours. Ceux qui gagnent sont ceux qui connaissent la langue cible mais aussi leur langue maternelle.  

Comment s’est passé le concours pour toi ?
P : En fait, ce jour-là, j’ai failli arriver en retard parce que je ne me suis pas réveillé. Mais ça ne m’a pas trop stressé au contraire, ça m’a donné plus de motivation. En temps normal, je suis un peu paresseux alors c’était bien d’avoir cette motivation en plus.

Est-ce que tu pensais pouvoir gagner, comment as-tu réagi quand tu as su que tu étais le lauréat ?
P : Avant de participer au concours, je ne pensais pas pouvoir gagner. Je prenais cela comme une expérience pour tester mes capacités et mes connaissances. Mais, après avoir fait la traduction, je me suis dit « pourquoi pas ». Je savais que ce que j’avais fait était bien. Mais, je ne savais pas si c’était assez bon pour gagner. Quand j’ai appris que j’étais le gagnant, j’étais vraiment content. Je n’ai pas réalisé tout de suite que j’avais gagné. C’est une grande victoire car c’est un grand concours et je suis le seul de Pologne à avoir gagné, c’est très important pour moi.
M : Moi, je n’avais pas d’idée. Mais, j’ai été très contente et surprise que Pawel ait gagné.

Comment s’est passée la remise des prix ?
M : il y a une vidéo qui montrait quelques lauréats de différents pays. Il y avait un événement à distance pour le lancement de la vidéo qui était une annonce des lauréats avec une interview de certains d’entre eux, dont Paweł fait partie (https://youtu.be/dlAgQ3E8asY). Et vous avez reçu aussi un colis à la maison ?
P : Oui, oui, j’ai reçu le diplôme avec des petits cadeaux : des pralines de Belgique. Et aussi une petite statue. J’ai aussi reçu, je ne sais pas si les autres l’ont aussi eue, une lettre écrite par une traductrice qui travaille à Bruxelles. Elle a lu ma traduction et m’a félicité car elle dit que c’était la meilleure traduction. J’étais très fier. Elle m’a expliqué pourquoi c’était moi le gagnant et c’était très plaisant. Elle m’a expliqué que plusieurs autres traductions polonaises étaient aussi bonnes que la mienne. La plupart des traductions étaient en anglais, la mienne était en français. Je pense que c’est quelque chose qui était bon pour moi car mon travail était différent. C’est l’une des raisons qui a fait que j’ai gagné, à mon avis.
 
 
Quels sont tes projets pour la suite, en ce qui concerne tes études et le français ?
P : Je ne sais pas. En ce moment c’est difficile, tous les projets sont stoppés. Pour le moment, je veux finir le lycée avec de bonnes notes et pouvoir aller à l’université. Mon projet d’avenir idéal serait de pouvoir gagner ma vie en faisant à la fois de la traduction et de la musique.

Est-ce que tu as un mot à dire pour terminer ?
P : Je voudrais dire aux personnes qui sont intéressées par le concours que je leur recommande d’y participer. Ce n’est pas très difficile, et même si on ne gagne pas, on a déjà gagné de l’expérience. On n’a pas souvent l’occasion de prendre part à un tel concours. En plus, on n’a pas besoin de réviser, il faut juste venir avec ses connaissances. Moi je ne pensais pas que je pouvais gagner donc je pense que tout le monde peut gagner. Ce qui est bien aussi c’est que grâce à certains projets organisés par mon école, on peut participer à des échanges. Je peux dire que lors de ces expériences avec les Français natifs, on a la nécessité de parler une langue qui n’est pas sa langue maternelle. Cette expérience montre qu’il y a des barrières, mais qu’on peut les surpasser, le plus important c’est de vouloir communiquer.