Stage en France d'une archiviste polonaise

Du 25 mars au 26 avril, Mme Zofia Jakóbczak, employée des Archives nationales polonaises à Lublin, a participé au Stage technique international d’archives (STIA) proposé aux archivistes étrangers par le ministère de la Culture français. L’archiviste polonaise a bénéficié d’une bourse du gouvernement français pour suivre cette formation. Elle nous raconte son expérience.
 
  • Pourriez-vous présenter votre parcours universitaire et professionnel? Quel poste occupez-vous actuellement ?
Je suis diplômée de l’Université Marie Curie-Skłodowska de Lublin. En 2005, j’ai obtenu un master « information scientifique et bibliothéconomie ». Ma carrière professionnelle est liée au domaine des archives. Depuis 2007, je travaille aux Archives nationales de Lublin, j’occupe actuellement le poste de documentaliste. Je m’occupe principalement du service à la clientèle et de l’accès aux archives, notamment de la diffusion des informations sur les ressources des archives de Lublin, mais également d'autres archives polonaises. De plus, je m'occupe de la vulgarisation et de la numérisation des documents d'archives. Depuis 2018, je collabore avec mes collègues des Archives numériques nationales à Varsovie pour moderniser le système d'information archivistique (ZoSIA, www.szukajwarchiwach.pl).
 
  • Comment avez-vous entendu parler du stage STIA ? Qu'attendiez-vous de ce stage ?
Le stage STIA est organisé par la France depuis 1951 et de nombreux archivistes polonais ont eu la possibilité de suivre cette formation, portant sur toutes les questions liées à l'archivage en France. Il y a quelques années, je souhaitais participer au stage mais je n’étais pas sûre que mon niveau de français était suffisant pour pouvoir suivre activement cette formation. Encouragé par mon collègue Karel Szejgieca, qui avait participé à l’édition 2016 du stage, j'ai décidé de postuler cette année. Cette année, 375 candidatures ont été reçues, dont 37 ont été sélectionnées dans 27 pays. C'est vraiment un grand honneur pour moi et pour chaque participant d’avoir été choisi.
L'expérience acquise a dépassé mes attentes. Le stage est une forme idéale pour partager des expériences, établir une coopération à l'échelle internationale et étudier les archives au niveau mondial. Des partages et discussions que nous avons eu au cours du stage, il ressort que de nombreux pays sont aux prises avec des problèmes similaires, notamment le manque d'infrastructures modernes et adéquates pour le stockage des archives, des ressources financières limitées pour les activités, notamment éducatives, un nombre insuffisant d'employés et de bas salaires. Cependant, les stagiaires se sont davantage concentrés sur les aspects positifs de leur travail en présentant des solutions innovantes et des pratiques optimales dans le travail de l'archiviste, en particulier dans le domaine de la numérisation, de la gestion électronique de documents et la facilitation de l'accès aux ressources archivistiques via Internet.
 
  • Comment avez-vous appris le français ? Êtiez-vous déjà allée en France ?
J'ai appris le français au lycée, j'ai toujours voulu parler français couramment car j’adore la sonorité de la langue. Malheureusement, au cours de mes études, je ne pouvais pas continuer à apprendre le français. J’ai recommencé l’apprentissage du français après mes études, j'ai suivi des cours de langue, notamment dans le cadre de programmes cofinancés par l'Union européenne. Grâce à cela, j'ai pu passer le Test de français international ETS et obtenir le certificat TOEIC. Aujourd'hui, je sais que la grammaire et la connaissance des mots sont la base, mais le contact avec la langue vivante est le plus important. Je suis heureuse de pouvoir communiquer chaque jour en français avec mes collègues des archives grâce aux amitiés nouées pendant le stage.
 
  • Parlez-nous du stage: qu’y avez-vous fait, qu’avez-vous appris ? Avez-vous rencontré des difficultés ?
La participation au stage a été précédée d'un cours en ligne préparé en coopération avec l'Université Paris 8 et des experts des Archives nationales de France. Il s’agit là d’une partie importante du stage, grâce à laquelle chaque participant peut se familiariser avec la terminologie utilisée, la méthodologie de travail dans les archives françaises, afin que chacun puisse acquérir des connaissances de base dans ce domaine. Le stage lui-même était divisé en plusieurs modules thématiques, chacun d'entre eux correspondant à divers aspects du travail de l'archiviste français. Pendant les 5 semaines de stage, nous avons visité diverses archives, centrales et locales, nous avons appris à connaître les différences et les similitudes dans leur fonctionnement, nous avons observé les méthodes de travail du personnel professionnel au cours de divers ateliers, discussions et présentations. Nous pouvions également partager les expériences de nos pays. L'ambiance pendant le stage était très cordiale, presque familiale. Le soutien de collègues plus expérimentés qui parlent très bien le français était extrêmement important pour moi. C'était mon premier voyage en France et l'utilisation de la langue parlée s'est avérée être la plus grande difficulté pour moi. Mais ces 5 semaines se sont avérées être une très bonne leçon, pour laquelle je remercie mes collègues !
 
  • Quel est l’état de la collaboration entre la France et la Pologne dans le domaine des archives ?
Nos pays entretiennent des contacts à plusieurs niveaux. Les archivistes des archives nationales polonaises soutiennent les activités des institutions de la diaspora polonaise en France, notamment la Bibliothèque polonaise à Paris, en mettant en commun leurs connaissances et offrant leur aide, notamment pour la commande et la numérisation des collections de ces institutions. À mon avis, nous avons encore beaucoup à faire, par exemple en matière de développement de documents en polonais stockés dans des archives françaises, y compris dans les archives diplomatiques, ou des documents de langue française conservés dans les archives polonaises, afin de faciliter l'utilisation de ces ressources par toutes les parties intéressées.
Je pense aussi que nous avons beaucoup à faire au niveau législatif : je parle ici de l'adaptation de la loi polonaise relative aux archives, qui, après les changements législatifs dans l'Union européenne, nécessite une réactualisation. Nous en avons discuté le dernier jour du stage lors de l’atelier intitulé « Le rôle de l'archiviste dans la société ».
 
  • Quel bilan faites-vous de ce stage, sur le plan personnel et professionnel ? Vous a-t-il ouvert de nouvelles opportunités ?
Cette participation au stage m'a ouvert de nouvelles perspectives de carrière. Je suis revenue avec un énorme bagage d'expérience et surtout des idées pour changer nos méthodes de travail. En participant aux différents modules du stage, j'ai pu observer différentes méthodes de travail, percevoir les différences et les similitudes entre les archives françaises et polonaises. J'ai porté une attention particulière aux aspects qui m'intéressent le plus, à savoir la relation entre archives et société. J'ai observé avec admiration l'accent mis en France sur la fonction très importante des archives, à savoir l'éducation aux archives et la coopération avec divers types d'institutions et d'organisations. L'activité dans le domaine de la vulgarisation des archives en France, par exemple toutes les expositions, publications, ateliers, réunions, cours d’archives pour jeunes et adultes, et même les concerts organisés aux Archives nationales, a été impressionnante et inspirante pour moi. Sur cette base, les archives polonaises devraient s’appuyer sur la riche expérience de leurs collègues français. L’éducation aux archives en Pologne a connu un développement très intense ces dernières années et produit des résultats positifs, mais je pense que nous avons encore du pain sur la planche dans ce domaine de notre activité. Il convient de mettre l’accent sur la création de relations avec la clientèle et sur l’élargissement de l’éventail d’activités qui encourageront les citoyens à utiliser les archives comme patrimoine national. Les médias sociaux, utilisés avec succès par les archives françaises, jouent un rôle important. Cette forme de contact avec les citoyens est également de plus en plus utilisée en Pologne.
 
 
Photos : Didier Plowy et Konstantin Krasnoslobodtsev

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